La Saxe-Anhalt après la victoire électorale de l’AfD : électeurs, économie, pouvoir médiatique et la capacité de résistance de la démocratie

L'AfD obtient son meilleur résultat à ce jour lors d'une élection régionale en Saxe-Anhalt, ébranlant le système partisan existant. Mais la soirée électorale soulève une question plus complexe que celle des simples vainqueurs et vaincus.

L’AfD obtient son meilleur résultat à ce jour lors d’une élection régionale en Saxe-Anhalt, ébranlant le système partisan existant. Mais la soirée électorale soulève une question plus complexe que celle des simples vainqueurs et vaincus : pourquoi l’AfD dépasse-t-elle les 40 %, malgré l’amélioration des données économiques ? Quelle responsabilité incombe aux partis démocratiques, quelle responsabilité incombe aux médias ? La CDU devrait-elle défendre son « mur coupe-feu » ? Et une procédure d’interdiction de l’AfD doit-elle désormais être sérieusement envisagée ?

La Saxe-Anhalt a voté le 6 septembre 2026 — et le résultat revêt une dimension historique. Selon la projection de l’ARD en soirée, l’AfD obtient environ 43,8% % des voix. La CDU chute à environ 17 %. L’AfD fait ainsi plus que doubler son résultat de 2021, tandis que la CDU subit des pertes considérables par rapport à ses 37,1 % de l’époque. Dans le même temps, la participation électorale atteint un niveau record.

A remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt: le candidat tête de liste de l’AfD Ulrich Siegmund MdL © Ulrich Siegmund

Ce n’est pas une victoire électorale qui puisse s’expliquer par une faible participation ou par la mobilisation d’une petite minorité politique. Une grande partie de la Saxe-Anhalt a voté en pleine conscience. Et c’est précisément pour cette raison qu’il serait trop simple de juger les électeurs uniquement sur le plan moral.

Qui vote pour l’AfD ?

L’enseignement peut-être le plus important de cette soirée électorale est le suivant : il n’existe plus d’électeur type de l’AfD. Selon les analyses, l’AfD arrive en tête aussi bien chez les hommes que chez les femmes, aussi bien chez les électeurs plus jeunes que chez les plus âgés. L’analyse de l’ARD repose sur environ 20 000 entretiens menés dans 180 bureaux de vote.

Il devient ainsi de plus en plus difficile de soutenir l’idée que l’AfD ne serait votée que par un groupe marginal socialement isolé. Parmi ses électeurs figurent des ouvriers et des employés, des indépendants, des habitants des zones rurales, des actifs plus jeunes, des retraités, ainsi que des citoyens aux parcours éducatifs et de revenus très différents. Certains votent pour l’AfD par conviction idéologique. D’autres par protestation.

D’autres encore citent la migration, la sécurité intérieure, la politique énergétique, l’insécurité sociale, la hausse des prix, le manque de confiance envers les institutions étatiques, ou le sentiment de ne plus être entendus par Berlin. C’est précisément là que réside le défi pour les partis démocratiques. Quiconque traite indistinctement toutes ces personnes en extrémistes aura du mal à les regagner politiquement.

Mais toute déclaration ne peut être relativisée

Dans le même temps, la distinction nécessaire à l’égard des électeurs ne doit pas conduire à banaliser une réelle radicalisation. Un reel Instagram diffusé publiquement par le compte @kevinheibel_ montre un extrait particulièrement radical.

Dans cette vidéo, on entend une personne parler d’abord d’armes, puis affirmer, en substance, qu’elle n’aurait rien contre le fait que des armes soient utilisées pour abattre des étrangers. Une telle affirmation n’est pas une revendication ordinaire de politique migratoire.

Entre l’exigence de contrôles aux frontières, d’expulsions ou d’une limitation de l’immigration, et l’idée de tuer des personnes en raison de leur origine, il existe une frontière fondamentale. Il s’agit là d’un fantasme de violence déshumanisant. Sur le plan journalistique, il convient toutefois de rester précis quant à ce que ce reel prouve réellement.

À partir de l’extrait publié, il n’est pas possible d’établir de manière fiable pour quel parti la personne concernée a voté, ni même si elle appartient à une quelconque organisation politique. Cette affirmation ne doit donc pas être imputée à plusieurs centaines de milliers d’électeurs de l’AfD. Cette distinction est essentielle : tout électeur de l’AfD n’est pas un extrémiste de droite. Mais les propos d’extrême droite, racistes ou liés à la violence ne doivent pas non plus être banalisés par ménagement politique.

Le grand paradoxe : l’économie s’améliore

Le résultat électoral est particulièrement intéressant au regard des dernières données économiques. L’image de l’économie allemande est désormais considérablement meilleure qu’elle ne l’était encore au printemps 2026. En avril, le gouvernement fédéral avait abaissé sa prévision de croissance à seulement 0,5 % pour 2026, en raison des tensions géopolitiques.

Quelques mois plus tard seulement, la situation apparaît nettement différente. Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, juge désormais possible une croissance d’environ un pour cent. Le DIW de Berlin s’attend même à une croissance de 1,2 % pour 2026. L’institut ifo a encore relevé sa prévision le 3 septembre et table désormais sur 1,4 %. Pour 2027, l’institut ifo prévoit 1,2 % supplémentaire. Il s’agit d’un changement remarquable. L’Allemagne ne se trouve donc plus clairement dans cette stagnation économique qui dominait encore le débat politique il y a quelques mois à peine.

Le DIW justifie cette révision à la hausse notamment par des exportations étonnamment solides et un choc des prix de l’énergie moins marqué que prévu initialement. Dans le même temps, l’institut met toutefois en garde contre l’idée de parler déjà d’une reprise assurée. Les prix élevés de l’énergie, les faiblesses structurelles et un investissement privé qui reste prudent demeurent des risques. L’institut ifo identifie lui aussi des signaux encourageants — explicitement aussi pour l’industrie, en difficulté depuis longtemps. Outre la demande extérieure, les dépenses publiques supplémentaires en matière d’infrastructures et de défense agissent comme moteur de croissance.

L’industrie chimique aussi envoie pour la première fois de meilleurs signaux

Les derniers chiffres de la Fédération de l’industrie chimique allemande, le VCI, sont particulièrement remarquables. L’industrie chimico-pharmaceutique compte parmi les secteurs industriels les plus importants d’Allemagne. Elle emploie environ 476 000 personnes et génère un chiffre d’affaires sectoriel d’environ 220 milliards d’euros. En 2025 encore, la situation était nettement mauvaise. La production et les prix à la production reculaient, le chiffre d’affaires baissait et le taux d’utilisation des capacités atteignait des niveaux historiquement bas. Mais les dernières données du VCI, datées du 3 septembre 2026, montrent au moins un mouvement à la hausse.

Au deuxième trimestre 2026, la production chimico-pharmaceutique a progressé, en données corrigées des variations saisonnières, de 2,4 % par rapport au trimestre précédent. Par rapport au trimestre correspondant de l’année précédente, elle était supérieure de 0,9 %.

Le chiffre d’affaires a évolué de manière encore plus nette. Il a augmenté de 7,3 % par rapport au trimestre précédent, pour atteindre 54,5 milliards d’euros. Selon le VCI, il s’agit de la première hausse notable du chiffre d’affaires depuis plus de trois ans. Il s’agit là d’un signal important pour l’un des secteurs industriels les plus importants d’Allemagne. Il serait toutefois erroné d’en déduire d’ores et déjà une reprise industrielle complète.

Le VCI lui-même met en garde contre une évolution fragile. Une partie de la hausse de la production résulte d’effets exceptionnels, notamment des achats de constitution de stocks et des modifications des chaînes d’approvisionnement internationales liées au conflit au Proche-Orient.

Pour l’ensemble de l’année, la fédération continue de s’attendre à un recul de la production chimico-pharmaceutique de 1,5 %. Concernant le chiffre d’affaires, elle prévoit en revanche une hausse de 2,5 %, qui résulterait toutefois principalement de la hausse des prix. La réalité économique n’est donc pas : l’Allemagne se retrouve soudainement en plein essor.

Elle est la suivante : après plusieurs années de crise, on observe pour la première fois des signes plus nets de stabilisation économique — mais la substance industrielle reste vulnérable.

Pourquoi le gouvernement fédéral en profite-t-il si peu politiquement ?

C’est précisément ici que se pose l’une des questions politiques centrales après l’élection en Saxe-Anhalt. Si la croissance économique et les indicateurs industriels s’améliorent, pourquoi cela ne se traduit-il pas davantage par un soutien accru aux partis gouvernementaux ? Une explication possible : les statistiques économiques et la perception personnelle n’évoluent pas au même rythme. Une croissance de 1,2 ou 1,4 % ne signifie pas automatiquement qu’un salarié dispose de plus d’argent en fin de mois.

Une hausse du chiffre d’affaires dans l’industrie chimique ne signifie pas qu’un salarié n’a plus peur pour son emploi. Et des investissements se chiffrant en milliards dans les infrastructures ou la défense ne sont pas automatiquement visibles pour un citoyen si, dans le même temps, le pont local est fermé, l’école a besoin de travaux ou un rendez-vous dans une administration est difficile à obtenir. Ce qui compte politiquement, ce n’est donc pas seulement la croissance objective. Ce qui est décisif, c’est de savoir si la croissance parvient jusqu’au citoyen.

L’AfD profite du décalage temporel

Les partis populistes disposent d’un avantage politique dans de telles situations. Ils peuvent se référer aux expériences des dernières années : récession. Inflation. Prix de l’énergie élevés. Fermetures d’entreprises. Conflits liés à la migration. Communes surchargées. Pénurie de logements. Insécurité.

Le fait que certains indicateurs économiques s’améliorent désormais n’efface pas ces expériences du jour au lendemain. Les partis démocratiques doivent donc éviter une erreur : ils ne doivent pas se servir de meilleurs chiffres économiques pour expliquer aux citoyens que leurs préoccupations seraient dépassées. Ils devraient au contraire comprendre cette évolution positive comme le début d’un processus. Le message doit être : il y a des progrès — mais le travail de réforme n’est pas encore achevé.

Berlin doit accentuer sa politique économique

Les chiffres offrent même une opportunité au gouvernement fédéral. Si l’Allemagne passe effectivement d’une croissance attendue de 0,5 % vers un pour cent, voire davantage, cela doit donner naissance à une stratégie de politique économique à plus long terme. Réduction de la bureaucratie. Autorisations plus rapides. Énergie moins chère et plus fiable. Investissements dans les infrastructures. Numérisation de l’administration. Une fiscalité des entreprises plus compétitive. Et une politique industrielle qui rende de nouveau l’Allemagne plus attractive en tant que site d’implantation. Le VCI souligne depuis des années que les industries à forte intensité énergétique sont notamment soumises à une pression structurelle. La hausse actuelle ne doit donc pas servir de prétexte pour reporter les réformes. Bien au contraire. Une reprise naissante est précisément le moment où des réformes structurelles peuvent être mises en œuvre plus facilement qu’en pleine récession.

La CDU doit rester ferme

Parallèlement, la pression sur la CDU s’accroît après cette soirée électorale. Il est déjà avancé que le fameux « mur coupe-feu » aurait échoué, puisqu’il n’a manifestement pas réduit l’AfD. Cette conclusion ne convainc pas.

Un mur coupe-feu n’est pas une stratégie de campagne électorale. Il n’a pas vocation à garantir automatiquement que l’AfD reçoive moins de voix. Il définit plutôt une limite à l’exercice conjoint du pouvoir étatique.

La CDU devrait donc continuer d’affirmer : pas de coalition avec l’AfD. Pas de gouvernement CDU dépendant de l’AfD. Pas de coopération parlementaire stratégique pour former des majorités politiques.

Il en va de même au niveau fédéral pour la CDU et la CSU. Une motion ne devient pas automatiquement mauvaise du seul fait que l’AfD vote également en sa faveur par hasard. Mais il existe une différence considérable entre une majorité parlementaire fortuite et une coopération planifiée. Cette limite doit être maintenue.

L’Union ne doit pas abandonner les électeurs de l’AfD à l’AfD

Le mur coupe-feu ne signifie toutefois pas un mur face aux électeurs. Bien au contraire. L’Union doit désormais lutter plus intensément pour ces citoyens. Une politique migratoire cohérente n’est pas une politique de l’AfD. La sécurité intérieure n’est pas une politique de l’AfD. L’exigence d’un site industriel compétitif n’est pas une politique de l’AfD. Une limitation de la bureaucratie étatique n’est pas une politique de l’AfD. Et le patriotisme, dans un ordre européen, fondé sur l’État de droit et orienté vers l’Occident, n’est pas non plus une politique de l’AfD. Une CDU/CSU sûre d’elle-même n’a pas besoin de se déplacer davantage vers la droite pour être conservatrice. Elle doit à nouveau montrer clairement pourquoi une offre conservatrice au sein du cadre constitutionnel démocratique peut être plus attractive qu’une opposition radicale.

Les journalistes deviennent de plus en plus eux-mêmes des acteurs politiques

Les médias, eux aussi, devraient s’interroger sur leur rôle après cette journée électorale. Les journalistes sont bien entendu des citoyens. Ils ont le droit d’avoir des opinions politiques. Ils ont le droit d’être conservateurs, libéraux, sociaux-démocrates, de gauche ou écologistes. Et ils ont le droit d’exprimer ces opinions, en particulier dans des commentaires.

Mais les frontières entre l’information, l’analyse, l’opinion personnelle et l’activisme politique deviennent de plus en plus floues. Les réseaux sociaux renforcent cette évolution. Aujourd’hui, certains journalistes disposent de dizaines de milliers, voire de centaines de milliers d’abonnés personnels. Ils y critiquent des partis, saluent des décisions politiques et se positionnent publiquement sur des stratégies politiques.

Julia Ruhs comme exemple

Was: LinkedIn Julia Ruhs

La journaliste Julia Ruhs illustre exemplairement cette évolution. Elle a pris publiquement et clairement position sur le débat autour de l’AfD et du mur coupe-feu, et a notamment jugé positivement une majorité parlementaire obtenue avec la participation de voix de l’AfD. Elle en a le droit.

Les journalistes ne perdent pas leur liberté d’opinion du fait de leur métier. Mais pour le public, il doit rester perceptible à quel moment une journaliste informe et à quel moment elle défend sa propre position politique. Une recommandation de vote concrète de Ruhs en faveur d’un parti donné lors de l’élection régionale du Bade-Wurtemberg ne devrait pas être affirmée sans source primaire claire. Le problème plus large demeure toutefois :

Lorsque les journalistes deviennent de fait eux-mêmes des acteurs politiques, les médias doivent distinguer encore plus nettement entre information et opinion. Cela vaut d’ailleurs pour toutes les orientations politiques. Une recommandation de vote en faveur des Verts, de Die Linke, du SPD ou de la CDU est tout autant une prise de position politique qu’une recommandation en faveur d’un parti de droite.

Axel Springer et le pouvoir de la normalisation

Le rôle des grands groupes médiatiques est encore plus déterminant. Il convient ici d’évoquer en particulier Axel Springer et Mathias Döpfner. Springer dispose, avec Bild et Welt, de deux marques médiatiques allemandes à l’audience extraordinairement large, et jouit en outre d’une influence internationale considérable. Ce pouvoir est légitime. Mais le pouvoir engendre une responsabilité. Axel Springer n’a pas créé l’AfD. Et il n’existe aucune preuve solide que la maison d’édition ait directement provoqué le résultat électoral en Saxe-Anhalt.

Le PDG de Axel Springer: Mathias Döpfner

Une telle affirmation serait irresponsable. Mais serait tout aussi irresponsable l’idée qu’un groupe médiatique de cette envergure n’exercerait aucune influence sur la perception politique. Les médias contribuent à déterminer : quels sujets dominent au quotidien. Quels responsables politiques sont en permanence visibles. Quelles déclarations font la une. Quels termes s’imposent. Quels déplacements des limites politiques apparaissent comme un scandale et lesquels comme une transgression nécessaire d’un tabou.

Celui qui répartit l’audience exerce un pouvoir

Particulièrement controversée fut donc la décision de Welt am Sonntag d’offrir à Elon Musk, peu avant les élections fédérales, une tribune pour une recommandation de vote explicite en faveur de l’AfD. Il y a eu une contre-position journalistique.

Mais même avec une contre-argumentation, la publication reste une décision éditoriale. La liberté d’opinion n’oblige aucun journal à offrir à un entrepreneur déjà extrêmement influent une tribune supplémentaire pour une recommandation de vote concrète. Les rédactions font des choix. Et c’est précisément cette sélection qui constitue un pouvoir éditorial.

Döpfner et le mur coupe-feu

Mathias Döpfner lui-même rejette les coalitions avec l’AfD. Dans le même temps, il critique la stratégie et la rhétorique du mur coupe-feu. Il en a bien entendu le droit. Mais cette position, elle aussi, peut être critiquée avec fermeté. Car le fait que le mur coupe-feu n’ait pas affaibli l’AfD ne prouve pas qu’il soit devenu superflu. Une porte coupe-feu ne devient pas inutile parce que l’incendie devant elle grandit.

Le mur coupe-feu n’a pas vocation à remplacer la politique économique. Il ne résout aucun problème migratoire. Il ne fait pas baisser les prix de l’énergie. Il ne construit pas de logements. Mais il empêche que les partis démocratiques ne fassent stratégiquement dépendre leurs majorités gouvernementales d’un parti à l’égard duquel existent des interrogations constitutionnelles considérables. Cette limite devrait être maintenue.

Une procédure d’interdiction de l’AfD doit-elle désormais venir ?

Le résultat électoral ne crée aucune obligation juridique pour le gouvernement fédéral de déposer une demande d’interdiction. En outre, le gouvernement fédéral ne peut pas interdire lui-même l’AfD. Seule la Cour constitutionnelle fédérale en décide. Sont habilités à déposer une telle demande le gouvernement fédéral, le Bundestag et le Bundesrat. La question qui se pose après la Saxe-Anhalt n’est donc pas : « l’AfD doit-elle être interdite dès demain ? » Elle est la suivante : compte tenu de sa force politique désormais considérable, le moment n’est-il pas venu de faire examiner de manière approfondie et indépendante les chances de succès d’une procédure d’interdiction, sur la base des éléments disponibles ? Cette question est légitime.

L’arrêt sur le NPD prend une nouvelle signification

Lors de la seconde procédure d’interdiction visant le NPD, la Cour constitutionnelle fédérale avait reconnu des objectifs contraires à la Constitution, sans toutefois interdire le parti. Un problème déterminant était son insignifiance politique. Il manquait la possibilité réelle d’imposer avec succès ces objectifs anticonstitutionnels. Pour un parti qui obtient plus de 40 % des voix dans un Land, cette question dite de « potentialité » se pose manifestement différemment.

Cela ne signifie pas : 44 % équivaut à une interdiction du parti. Un résultat électoral ne prouve pas l’inconstitutionnalité. Mais personne ne peut soutenir qu’un tel parti serait totalement dépourvu de signification politique. C’est précisément pour cette raison que la question juridique doit désormais être examinée avec un soin particulier.

Une procédure d’interdiction ne vise pas les électeurs

Ce point est déterminant. Une procédure d’interdiction de parti vise une organisation politique. Pas ses électeurs. Les citoyens ont le droit de rejeter le gouvernement fédéral. Ils ont le droit d’exiger une politique migratoire radicalement différente. Ils ont le droit de critiquer l’UE. Ils ont le droit d’argumenter en termes conservateurs ou national-étatiques. Ils ont le droit de critiquer sévèrement des responsables politiques. Tout cela fait partie d’une société libre.

La limite apparaît là où une organisation est manifestement orientée vers la suppression ou l’atteinte substantielle à l’ordre fondamental démocratique et libéral, et remplit les conditions constitutionnelles d’une interdiction. Cette décision ne peut être prise sur la base d’une ambiance politique. Elle doit être rendue devant les tribunaux, sur la base de preuves.

La Saxe-Anhalt est plus qu’un virage à droite

L’enseignement peut-être le plus important de cette soirée électorale réside donc dans une contradiction. Les chiffres économiques commencent à s’améliorer. L’économie allemande pourrait croître en 2026 non seulement des 0,5 % attendus au printemps, mais, selon les prévisions actuelles, entre environ un et 1,4 %. Dans l’industrie chimique également, on observe pour la première fois depuis des années de meilleurs chiffres trimestriels. Et pourtant, l’AfD grimpe à plus de 40 %. Cela montre que la reprise économique seule ne répare pas une confiance perdue.

La confiance se construit plus lentement. Les citoyens doivent constater que l’État fonctionne. Que les décisions politiques sont compréhensibles. Que la migration est maîtrisée. Que l’amélioration économique profite aux salariés et aux entreprises. Que les partis démocratiques rivalisent entre eux pour trouver des solutions, plutôt que de se contenter de mettre en garde ensemble contre l’AfD. Et que les journalistes informent, contextualisent et distinguent visiblement entre information et opinion politique personnelle.

Le mur coupe-feu doit rester — la politique qui le sous-tend doit s’améliorer

La Saxe-Anhalt ne doit donc servir ni d’argument pour une résignation politique, ni pour un rapprochement précipité avec l’AfD. La CDU/CSU devrait rester ferme. Le mur coupe-feu devrait demeurer en place. Mais il ne doit jamais devenir un substitut à une politique propre. Quiconque veut regagner un citoyen préoccupé par des questions économiques a besoin d’une politique économique. Quiconque veut répondre aux inquiétudes liées à la migration a besoin d’une politique migratoire qui fonctionne. Quiconque veut restaurer la confiance envers l’État a besoin d’institutions qui fonctionnent.

Et quiconque veut combattre politiquement un parti extrémiste doit, dans le même temps, rendre plus attractives les alternatives démocratiques. Les derniers chiffres économiques montrent que l’Allemagne obtient peut-être, pour la première fois depuis des années, la chance d’une véritable reprise. Cette chance doit être saisie. La Saxe-Anhalt montre en même temps que la croissance économique seule ne suffit pas. Une société démocratique a besoin de perspectives économiques, de capacité d’action politique, de limites claires face à l’extrémisme, et de médias conscients de leur immense responsabilité.

Le mur coupe-feu doit rester.

L’économie doit continuer de croître.

Les partis démocratiques doivent regagner les électeurs.

Et si des éléments factuels et juridiques suffisants existent, le Bundestag, le Bundesrat et le gouvernement fédéral doivent également être prêts à examiner sérieusement les instruments d’une démocratie capable de se défendre. Car une démocratie ne prouve sa force ni en ignorant 44 % des électeurs, ni en abandonnant ses propres limites. Elle la prouve en étant capable des deux à la fois : écouter — et tenir bon.