Quand les influenceurs deviennent reporters : la police face à un nouveau problème médiatique

Diffusion en direct plutôt qu’équipe de tournage, smartphone plutôt que conférence de presse : lors des manifestations et des interventions policières, un nombre croissant d’influenceurs, de streamers et d’activistes médiatiques politiques rendent compte directement des événements. Pour la police, cela crée un problème de délimitation difficile. Qui est journaliste, qui est militant — et cette distinction a-t-elle seulement un sens pour la liberté de la presse ?

La caméra tourne déjà avant même que la police n’intervienne. Un smartphone diffuse les images en direct sur YouTube, Instagram, TikTok ou d’autres plateformes. Des milliers de spectateurs peuvent suivre en direct l’affrontement entre manifestants et forces de l’ordre. L’homme ou la femme derrière la caméra ne travaille peut-être pour aucune chaîne, aucun journal, aucune agence de presse. Et pourtant, ce qui se déroule là peut relever d’une véritable activité journalistique.

Les influenceurs et les streamers transforment ainsi également la relation entre la police et le public. Aujourd’hui, les informations sur une intervention ne parviennent plus exclusivement au public par le biais des services de presse de la police et des rédactions établies. Des individus peuvent retransmettre des événements en direct, les commenter et toucher un large public en quelques minutes seulement. Pour la police, cela pose une question de plus en plus délicate : qui exerce réellement une activité journalistique lors d’une intervention ?

Une enquête récente de la chaîne publique bavaroise Bayerischer Rundfunk (BR) a relancé ce débat. Le 12 août, la BR a consacré un reportage aux « activistes médiatiques » présents lors des manifestations. Selon cette enquête, des acteurs de différentes tendances politiques se présentent comme des représentants de la presse, diffusent des manifestations en direct et provoquent parfois délibérément leurs adversaires politiques. La police doit néanmoins décider, dans le cadre d’une situation opérationnelle concrète, quels droits reviennent à la personne concernée.

Ce problème dépasse largement le cadre de la Bavière. Il touche à une transformation fondamentale du paysage médiatique allemand.

« Journaliste » n’est pas une profession réglementée

En Allemagne, ce n’est pas uniquement le fait d’être employé par une entreprise médiatique classique qui détermine si une personne exerce une activité journalistique.

La dénomination « journaliste » n’est pas protégée par la loi. L’activité journalistique est donc, en principe, également possible en dehors des rédactions établies. Blogueurs, journalistes indépendants, YouTubeurs ou streamers peuvent exercer une activité journalistique dès lors qu’ils recherchent, traitent et diffusent des informations à destination du public. La Loi fondamentale ne distingue pas un reporter d’une grande chaîne de télévision d’un journaliste indépendant sur le seul critère de la taille de sa rédaction ou de sa portée. C’est précisément de là que naît une difficulté pratique pour les forces de police.

Lors d’une manifestation dynamique, il reste peu de temps pour vérifier des modèles économiques, des présences en ligne ou des structures rédactionnelles. Dans le même temps, des personnes équipées d’un smartphone peuvent se considérer comme relevant de la presse, alors même qu’elles sont elles-mêmes politiquement impliquées dans le conflit. La carte de presse classique peut faciliter cette identification. Elle n’est toutefois pas la seule base envisageable de l’activité journalistique. À l’inverse, une carte de presse ne fait pas non plus automatiquement de chaque action de son titulaire un acte journalistique. Ce qui compte de plus en plus, c’est donc ce qu’une personne fait réellement.

Observateur ou acteur politique ?

C’est précisément lors des manifestations que les frontières deviennent floues. Les règles journalistiques classiques prévoient une séparation aussi nette que possible entre le compte rendu et la participation. Un reporter peut juger une manifestation de manière critique ou favorable. Mais il est censé observer l’événement, mener des recherches et le remettre en contexte — pas devenir lui-même organisateur du conflit politique. Chez certains influenceurs, ce modèle fonctionne différemment.

Les streamers échangent, pendant une manifestation, avec les participants, commentent les événements, débattent avec des adversaires politiques et réagissent en même temps aux messages de leur audience. Le reporter devient ainsi, pour les spectateurs, une partie intégrante de l’événement lui-même. Selon l’enquête récente de la Bayerischer Rundfunk, certains acteurs recherchent même délibérément la confrontation. La BR décrit des activistes médiatiques de différents bords politiques qui se présentent comme des représentants de la presse lors des manifestations tout en provoquant leurs adversaires politiques.

Cela place la police devant un dilemme.

Elle ne peut pas subordonner la liberté de la presse au fait que les agents jugent sérieuse une position politique ou la méthode de travail d’un journaliste. Dans le même temps, elle doit pouvoir intervenir lorsqu’une personne enfreint elle-même la loi, met autrui en danger ou entrave des mesures policières. La caméra ne crée pas d’espace de non-droit. Mais prendre parti politiquement n’élimine pas non plus automatiquement les droits journalistiques.

Les directs transforment les interventions policières

La différence décisive par rapport au journalisme classique réside dans la vitesse. Une équipe de télévision enregistre des images, une rédaction les vérifie, les monte, puis publie un reportage. Avec le direct, ce décalage temporel disparaît presque entièrement. Ce qui se passe devant la caméra peut être vu, à la même seconde, par des milliers de personnes.

Cela a des conséquences sur les interventions policières. Certaines scènes peuvent être diffusées, commentées et interprétées immédiatement selon des perspectives politiques différentes. Une interpellation physique, une arrestation ou une évacuation peut déjà déclencher un vaste débat en ligne alors même que l’intervention se poursuit sur le terrain. Pour la police, cela signifie une perte de la maîtrise de l’information qu’elle exerçait jusqu’ici.

Auparavant, le service de presse de la police faisait souvent partie des premières sources à expliquer publiquement ce qui s’était passé lors d’une intervention. Aujourd’hui, l’autorité peut se retrouver confrontée à une situation où des images ont déjà été vues des millions de fois avant même la publication d’un premier communiqué officiel. Cela accroît la pression sur la communication des autorités.

Dans le même temps, les directs ne constituent pas automatiquement un reflet complet de la réalité. La caméra ne montre qu’un extrait. Un direct peut débuter quelques secondes après le début d’un conflit. Le spectateur voit peut-être l’intervention d’un agent, mais pas ce qui s’est produit immédiatement avant.

S’y ajoutent les commentaires du streamer. Contrairement à un simple enregistrement vidéo, celui-ci livre souvent, en même temps, une interprétation. Documentation et évaluation se mêlent ainsi en temps réel.

La police devient elle-même un acteur médiatique

Parallèlement, la police elle-même évolue. Les autorités policières ne communiquent plus, elles non plus, exclusivement par le biais de communiqués de presse classiques. Les services de police disposent de comptes sur Instagram, Facebook, X et d’autres plateformes. Ils y publient des vidéos, des messages d’alerte, des avis de recherche et des aperçus de leur travail.

La police se retrouve ainsi en partie en concurrence, sur les mêmes plateformes, avec les journalistes et les influenceurs pour capter l’attention. L’importance qu’ont prise les réseaux sociaux pour les autorités se manifeste par exemple à travers une campagne de la direction de la police de Lunebourg. Sous le titre « Checken statt teilen » (« Vérifier plutôt que partager »), elle utilise Instagram pour sensibiliser les citoyens à la désinformation et à la vérification des sources. Selon la police, 18 publications dans différents formats doivent paraître sur plusieurs semaines. L’autorité justifie cette campagne en expliquant que la désinformation peut déstabiliser les citoyens et affaiblir la confiance dans la démocratie.

La police assume ainsi de plus en plus elle-même des tâches de communication publique directe. Les citoyens n’ont plus besoin d’attendre qu’un journal ou une station de radio relaie un communiqué de la police. Ils peuvent suivre directement l’autorité elle-même. Pour le journalisme, cela a une conséquence importante : le rôle classique d’intermédiaire entre les autorités et le public s’affaiblit. Police, influenceurs et médias traditionnels touchent de plus en plus le public en parallèle.

Qui détermine ce qui est crédible ?

La question de la confiance se déplace elle aussi. Dans un média d’information classique, les responsabilités sont relativement claires. Il existe des rédactions, des standards journalistiques et des responsables au sens du droit de la presse. Les erreurs peuvent être corrigées, les personnes concernées peuvent s’adresser à la rédaction.

L’univers des influenceurs est plus hétérogène. Certains streamers indépendants mènent des recherches professionnelles et transparentes. D’autres conçoivent explicitement leur travail comme un militantisme politique. D’autres encore associent compte rendu, divertissement, commentaires personnels et intérêts économiques.

L’audience, à cet égard, en dit peu sur la qualité journalistique. Un streamer disposant de centaines de milliers d’abonnés peut toucher un large public plus rapidement qu’un journal régional. Sa représentation des faits n’en devient pas pour autant automatiquement plus fiable. À l’inverse, il serait tout aussi erroné de dévaloriser une information au seul motif qu’elle provient d’un créateur de contenu indépendant.

Pour la police, en tout état de cause, la question de la crédibilité ne saurait constituer le critère décisif. Une autorité ne peut pas déterminer quelle couverture politique ou journalistique est de qualité. Elle doit plutôt décider, sur la base de critères juridiques et factuels, de la manière de traiter une personne dans une situation concrète. Cela s’avère particulièrement difficile lorsque militantisme et compte rendu se confondent.

Le conflit politique devant la caméra

L’étroite concurrence qui oppose désormais influenceurs, événements politiques et médias classiques s’est également manifestée cette semaine en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Lors d’un événement politique organisé à Güstrow, les influenceurs agricoles Anthony-Robert Lee et Christian Beißner sont intervenus mercredi soir aux côtés du journaliste Peter Hahne. Selon la police, entre 2 000 et 3 000 personnes étaient présentes. Selon les informations de la NDR, cet événement portait notamment sur des critiques adressées à la politique actuelle, aux médias et aux organisations non gouvernementales. Dans le même temps, l’organisateur privé contrôlait strictement quels représentants des médias étaient autorisés à accéder au site et à y effectuer des reportages.

Cet épisode révèle un autre changement : les influenceurs ne se contentent plus, depuis longtemps, d’observer les événements politiques. Ils peuvent eux-mêmes marquer de leur empreinte des événements politiques, mobiliser leur propre public et, dans le même temps, faire des médias classiques l’objet de leurs critiques. Il en résulte un système d’information parallèle. L’influenceur n’a pas besoin de rédaction pour créer de la visibilité publique. Ses abonnés constituent son audience, la plateforme assure la diffusion technique, et le direct remplace en partie le reportage d’information classique.

Quand les streamers deviennent eux-mêmes partie prenante de l’intervention policière

La situation se complique encore lorsque les influenceurs ou les streamers ne se contentent pas de documenter les faits, mais deviennent eux-mêmes l’objet de mesures policières.

Selon un article du Tagesspiegel, au moins deux streamers présumés d’extrême droite ont été interpellés le 21 août lors d’une manifestation à Berlin-Mitte. La police aurait ainsi empêché une tentative potentielle de perturbation d’un rassemblement de protestation. La manifestation portait sur la revendication d’espaces sûrs pour les personnes noires. De telles situations montrent pourquoi une distinction simple entre « presse » et « non-presse » atteint de plus en plus ses limites.

Une personne peut produire du contenu pour un public tout en étant elle-même un acteur politique. Pour la police, ce n’est alors pas le nombre d’abonnés qui compte, mais le comportement concret. Un journaliste peut lui aussi commettre une infraction. De même, un journaliste indépendant ne perd pas automatiquement l’ensemble de ses droits journalistiques simplement parce que sa couverture est nettement positionnée politiquement. La frontière décisive ne se situe donc pas entre média établi et influenceur. Elle se situe entre l’observation journalistique et l’action propre.

Une nouvelle réalité pour la police et le public

Pour les autorités policières allemandes, cette délimitation devrait, à l’avenir, devenir plus difficile plutôt que plus facile. Techniquement, plus personne n’a aujourd’hui besoin d’une équipe de tournage, d’un car de retransmission ou d’une grande rédaction pour rendre compte en direct d’une intervention policière. Un smartphone et une connexion internet stable suffisent. L’accès à l’espace public se démocratise ainsi. Les événements peuvent être documentés sous des angles que les médias classiques ne saisissent pas nécessairement. L’action policière devient plus facilement visible et vérifiable. Cette même évolution crée toutefois de nouveaux risques.

Des affirmations non vérifiées peuvent se diffuser pendant qu’une intervention est encore en cours. De courts extraits peuvent devenir viraux sans contexte. Des streamers peuvent délibérément attiser les conflits, car des images spectaculaires génèrent de l’audience. Les spectateurs perçoivent la situation, dans le même temps, à travers le prisme politique et personnel de celui qui tient la caméra. La police ne peut pas résoudre cette évolution en n’acceptant que les médias établis comme observateurs légitimes. Le paysage médiatique est depuis longtemps devenu trop diversifié pour cela. Mais elle ne peut pas non plus traiter automatiquement toute personne équipée d’un smartphone comme un journaliste.

Le défi consiste donc à ne pas lier la liberté de la presse à la notoriété, à l’audience ou à l’appartenance à un groupe média traditionnel, tout en distinguant, dans le même temps, entre documentation et participation active à un conflit. C’est précisément à cette frontière que l’économie des influenceurs transforme le compte rendu du travail policier.

Le reporter derrière le cordon de sécurité est aujourd’hui peut-être une équipe de télévision, un journaliste indépendant ou un simple streamer suivi par plusieurs dizaines de milliers de spectateurs. Pour le public, ces trois profils peuvent livrer les mêmes images.

Pour la police, la question décisive reste toutefois différente : la personne observe-t-elle l’intervention — ou en fait-elle elle-même partie ?