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Policiers et journalistes se croisent quotidiennement lors de manifestations, d’accidents, d’actes de violence et de grands événements politiques. Les deux parties dépendent d’une circulation d’informations qui fonctionne — leurs missions n’en restent pas moins fondamentalement différentes. Des cas récents survenus dans plusieurs Länder montrent à quel point cette relation peut devenir difficile lorsque liberté de la presse, sécurité et intérêts opérationnels de la police entrent directement en collision.
Lorsqu’une manifestation dégénère en Allemagne, qu’une intervention policière d’ampleur débute ou qu’un événement politique se déroule sous des mesures de sécurité particulières, les journalistes sont souvent présents sur place. Reporters, photographes et équipes de tournage documentent non seulement l’événement lui-même, mais aussi la manière dont agissent les autorités de sécurité. Ils remplissent ainsi une fonction de contrôle protégée par la liberté de la presse.
Pour la police, il en résulte une mission exigeante. Elle doit prévenir les dangers, poursuivre les infractions et sécuriser les zones d’intervention. Dans le même temps, elle est censée permettre le travail journalistique et protéger les professionnels des médias. Lors des manifestations en particulier, ces missions peuvent entrer en conflit en quelques minutes.
Une initiative venue de Bavière illustre à quel point ce sujet est d’actualité. Le ministère de l’Intérieur a publié le 26 août un nouveau guide destiné aux journalistes lors de rassemblements. Intitulé « Informer librement. Travailler en sécurité », ce guide donne des indications sur le comportement à adopter pendant les manifestations, sur la communication avec les forces de l’ordre et sur la marche à suivre après une agression.
Il s’agit, dans un premier temps, d’une initiative bavaroise. Mais le problème sous-jacent concerne l’ensemble du pays : comment la police et les médias peuvent-ils collaborer sans que cette collaboration ne se transforme en dépendance — et comment l’État peut-il protéger les journalistes lorsque ceux-ci observent précisément, de manière critique, l’action de l’État lui-même ?
La répartition des rôles est en principe claire. Les journalistes sont censés rendre compte de manière indépendante. Les forces de police sont censées garantir la sécurité publique et faire respecter le droit en vigueur. La presse ne fait donc pas partie d’une intervention policière. Les journalistes ne travaillent pas pour le compte des autorités de sécurité et ne sont pas tenus de reprendre leur version des faits. À l’inverse, l’activité journalistique ne confère pas aux représentants des médias un accès illimité à toute zone d’intervention.
La coopération pratique commence donc surtout par la communication et la reconnaissance mutuelle. La Fédération allemande des journalistes (DJV) souligne, dans ses informations destinées aux professionnels des médias et aux forces de police, que des contacts réguliers entre médias et police peuvent aider à éviter des conflits inutiles. Selon elle, les services de presse et d’information de la police doivent établir et maintenir un contact direct avec les médias.
Un problème pratique se pose toutefois pour les forces de l’ordre : en Allemagne, « journaliste » n’est pas une profession réglementée par la loi. Une carte de presse nationale unifiée peut ainsi aider à prouver l’exercice à titre principal d’une activité journalistique.
Ce qui est déterminant, cependant, c’est la situation de départ sur le plan des droits fondamentaux. L’article 5 de la Loi fondamentale protège la liberté de la presse et de la radiodiffusion. Les journalistes doivent donc aussi avoir la possibilité d’observer de manière critique l’action de l’État — précisément là où la police elle-même fait partie d’un événement digne d’intérêt journalistique.
Cette tension se manifeste de façon particulièrement visible lors des manifestations politiques. Les journalistes y évoluent entre participants, contre-manifestants et cordons policiers. Ils souhaitent documenter des interpellations, des blocages ou des affrontements, et doivent souvent, pour cela, s’approcher davantage des événements que d’autres observateurs.
Pour les forces de police, cela peut devenir précisément le cœur du problème. Dans des situations d’intervention dynamiques, des décisions doivent être prises en peu de temps, des personnes séparées ou des zones évacuées. Il n’est pas toujours possible, à première vue, de reconnaître si une personne exerce une activité journalistique ou si elle participe elle-même au rassemblement. Pour les reporters, en revanche, il est essentiel qu’une mesure policière ne restreigne pas de manière disproportionnée leur travail de compte rendu. Une caméra ou une carte de presse ne rendent pas les journalistes immunisés contre des injonctions policières légales. La police doit néanmoins tenir compte de leur fonction particulière.
S’y ajoute un second danger : les agressions commises par des participants aux manifestations.
Des enquêtes en cours en Thuringe illustrent l’ampleur du problème. Fin août, les enquêtes se poursuivent concernant les manifestations organisées autour du congrès fédéral de l’AfD à Erfurt. Selon la police, environ 180 plaintes pénales et 22 infractions administratives ont été enregistrées dans le cadre de ces manifestations.
Parmi celles-ci figurent également des procédures pour agressions contre des journalistes. Trois reporters du portail « Apollo News » auraient été agressés physiquement. Quatre suspects ont été identifiés, selon les informations actuelles. La police enquête par ailleurs sur une agression visant un journaliste du média « Junge Freiheit ». Dans ce cas, les enquêteurs privilégient désormais la piste de coups et blessures volontaires aggravés.
L’orientation politique d’un média n’a aucune incidence sur la protection étatique de l’activité journalistique. Les autorités de sécurité doivent poursuivre les agressions contre des journalistes, indépendamment du positionnement conservateur, de gauche, libéral ou autre d’un média.
Ce sont précisément les manifestations polarisées qui mettent ce principe à l’épreuve. Les journalistes peuvent être perçus par les participants comme des adversaires politiques. La police doit, dans le même temps, éviter de donner l’impression de traiter certains médias de façon privilégiée ou défavorable en raison de leur orientation politique.
La question de la manière dont les agressions sont recensées préoccupe également les associations de journalistes et les autorités de sécurité. En Bavière, la police a enregistré l’an dernier 35 infractions commises contre des médias ou des professionnels des médias. Le ministère bavarois de l’Intérieur part toutefois du principe que tous les incidents ne sont pas signalés. S’y ajoutent des entraves au travail journalistique qui restent éventuellement en deçà du seuil de l’infraction pénale.
C’est pourquoi l’Association bavaroise des journalistes a appelé, le 26 août, à signaler systématiquement les agressions. Selon elle, certains journalistes renoncent à porter plainte de crainte que leur adresse personnelle ne soit révélée au cours de la procédure. La vice-présidente de la BJV, Andrea Roth, renvoie à cet égard à la protection restreinte des témoins prévue à l’article 68, alinéa 2, du Code de procédure pénale. Sous certaines conditions, une autre adresse pouvant servir à la citation à comparaître peut être indiquée à la place du domicile privé.
« Les journalistes devraient donc signaler systématiquement les agressions, afin que les auteurs puissent être poursuivis par la police », a déclaré Andrea Roth. Cette indication revêt une importance qui dépasse la Bavière, car le Code de procédure pénale s’applique à l’échelle nationale. Cela montre clairement que la relation entre police et médias ne se limite pas aux conférences de presse et aux communications officielles. Lorsqu’un reporter est agressé, la police devient à la fois interlocuteur et autorité d’enquête — tout en restant également l’objet de l’observation journalistique.
En dehors des manifestations, la coopération fonctionne généralement de manière beaucoup moins spectaculaire. Les autorités policières comptent, en Allemagne, parmi les sources quotidiennes les plus importantes, en particulier pour les rédactions locales et régionales. Accidents de la route, actes de violence, disparitions, avis de recherche, incendies ou interventions d’ampleur parviennent souvent, dans un premier temps, à la connaissance du public par le biais des services de presse de la police. Lors d’événements exceptionnels, les autorités mettent en place des espaces presse, répondent aux demandes ou publient des informations actualisées en continu.
Cela pose toutefois un problème fondamental pour les journalistes : la rapidité et la fiabilité d’une source officielle peuvent inciter à en reprendre le point de vue sans vérification préalable.
Un communiqué de la police constitue une source primaire — mais pas encore un article journalistique pleinement documenté.
Lorsqu’une autorité décrit le déroulement d’un fait, elle en restitue d’abord l’état actuel de l’enquête. Celui-ci peut évoluer. Les mis en cause peuvent le contester, des témoins peuvent avoir fait d’autres observations, et des enregistrements vidéo peuvent ultérieurement conduire à une réévaluation. Tant qu’aucune condamnation définitive n’est prononcée, la présomption d’innocence s’applique en outre.
Une coopération professionnelle exige donc également une distance professionnelle. Les rédactions ont besoin d’interlocuteurs fiables au sein de la police. Mais elles doivent replacer ces informations dans leur contexte, mener le cas échéant leurs propres vérifications, et indiquer clairement, sur le plan de la formulation, d’où provient une information. Des expressions telles que « selon la police » ne relèvent donc pas d’une simple formalité journalistique, mais rendent transparente l’origine d’une affirmation de fait.
L’importance croissante des enregistrements réalisés au smartphone, des retransmissions en direct et des réseaux sociaux a encore transformé cette relation. Les interventions policières sont aujourd’hui souvent filmées sous plusieurs angles. Des images peuvent être publiées et diffusées à des millions de reprises en quelques minutes. Pour les autorités policières, cela signifie que leur version d’une intervention peut être directement comparée aux images prises par des journalistes, des manifestants ou des passants.
Cela accroît la pression publique en matière de justification. Dans le même temps, de courtes séquences vidéo ne peuvent montrer qu’une partie d’une intervention complexe. Un extrait peut ne commencer qu’après un affrontement préalable, ou s’arrêter avant une nouvelle escalade. Les journalistes doivent donc contextualiser même des images en apparence univoques.
Il en résulte un défi communicationnel pour la police : si une autorité garde le silence alors que des images circulent déjà en ligne, une interprétation des faits peut s’installer avant même que des informations vérifiées ne soient disponibles. Si elle s’exprime trop tôt, elle risque de présenter un état d’enquête incomplet comme un fait établi.
Le travail moderne de communication policière évolue donc entre rapidité et exactitude.
Un procès actuellement en cours en Thuringe montre à quel point les agressions contre des journalistes peuvent être graves. Devant le tribunal régional de Mühlhausen, l’agression subie par deux journalistes dans la localité thuringienne de Fretterode fait l’objet d’un nouveau procès. L’affaire d’origine remonte à 2018, mais le nouveau procès se déroule actuellement. Les deux journalistes avaient été agressés et grièvement blessés alors qu’ils menaient des recherches dans la mouvance d’extrême droite. Un précédent jugement avait été annulé en 2024 par la Cour fédérale de justice en raison d’erreurs de droit. La procédure actuellement en cours porte à nouveau sur le traitement pénal de l’affaire.
Associé aux enquêtes en cours à la suite des manifestations d’Erfurt, ce cas montre clairement que la sécurité des journalistes n’est pas une question abstraite de politique des médias. Quiconque documente des conflits politiques, l’extrémisme ou des manifestations peut lui-même devenir une cible. L’État porte à cet égard une double responsabilité. Il doit protéger les journalistes contre les agressions et poursuivre les infractions. Dans le même temps, il doit accepter que ces mêmes journalistes documentent de manière critique les interventions policières et, le cas échéant, rendent publics d’éventuels manquements. C’est précisément cette simultanéité qui distingue la protection de la presse d’une communication institutionnelle ordinaire.
En Allemagne, il n’existe donc aucune contradiction entre le fait que la police et les médias communiquent étroitement et maintiennent en même temps une distance institutionnelle. Une relation qui fonctionne facilite le travail des deux côtés. Des interlocuteurs présents lors des interventions peuvent éviter que des reporters ne pénètrent par inadvertance dans des zones bouclées. Une information précoce peut réduire les spéculations. Une identification claire des personnes exerçant une activité journalistique peut aider les forces de police à reconnaître plus rapidement leur rôle.
Mais la coopération ne doit pas signifier que les journalistes deviennent un canal de communication prolongé de la police. Leur mission ne consiste pas à diffuser le point de vue d’une autorité, mais à vérifier et à contextualiser les événements de la manière la plus indépendante possible.
À l’inverse, critiquer une intervention policière n’est pas une raison de considérer les journalistes comme des adversaires des autorités de sécurité. La DJV pose comme principe que les forces de l’ordre doivent, même dans des situations particulièrement difficiles, soutenir les médias dans leur recherche d’informations et les informer aussi tôt et aussi complètement que possible — dans la mesure où cela ne compromet pas l’intervention et où d’autres intérêts juridiques ne s’y opposent pas.
Cela permet également d’en décrire la limite : la liberté de la presse et l’intérêt du public à être informé revêtent un poids considérable, mais ne sont pas absolus. La protection des victimes, les droits de la personnalité, les enquêtes en cours ou des dangers concrets peuvent rendre nécessaires certaines restrictions.
Le nouveau guide bavarois doit donc être compris avant tout comme l’occasion actuelle d’un débat qui concerne l’ensemble de l’Allemagne. La police relève de la compétence des Länder, et les structures opérationnelles diffèrent d’un Land à l’autre. Les questions fondamentales, en revanche, sont partout les mêmes : comment les journalistes s’identifient-ils dans des situations confuses ? Comment obtiennent-ils des informations ? Comment sont-ils protégés contre les agressions ? Comment la police évite-t-elle que des mesures de sécurité légitimes ne restreignent inutilement le travail journalistique ? Et comment les rédactions préservent-elles la distance nécessaire vis-à-vis d’une autorité dont elles dépendent quotidiennement pour leurs informations ?
Les cas actuels observés en Bavière et en Thuringe illustrent différentes facettes d’un même problème. En Bavière, le ministère de l’Intérieur tente de prévenir les conflits au moyen de lignes directrices, d’interlocuteurs et de communication. En Thuringe, des agressions contre des journalistes continuent d’occuper la police et la justice des semaines, voire des années, après les faits eux-mêmes. Pour un espace public démocratique, cette relation revêt donc une importance particulière. La police détient le monopole étatique de la violence légitime. Les médias ont pour mission de pouvoir observer et interroger publiquement l’usage qui en est fait.
Dans ces conditions, une bonne coopération ne signifie pas que la police et les journalistes poursuivent les mêmes intérêts. Elle signifie que les deux parties peuvent remplir leurs missions respectives, différentes l’une de l’autre : les forces de police doivent garantir la sécurité et poursuivre les infractions. Les journalistes doivent pouvoir enquêter et documenter de manière indépendante — et exercer également un contrôle critique sur le travail de la police.
C’est précisément lors des manifestations et des conflits politiques que se joue le bon fonctionnement de cette relation. Car c’est là que la liberté de la presse ne se manifeste pas lors d’une conférence de presse, mais dans des conditions d’intervention réelles.