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Sepp Müller (CDU) en interview : réduction de la bureaucratie, réforme des retraites, Allemagne de l'Est — ses réponses aux questions de politique économique de l'Allemagne. Photo : Tobias Koch.
Des prix de l’énergie élevés, une bureaucratie pesante et un État social vieillissant mettent l’économie allemande sous pression — tandis que, dans le même temps, la concurrence mondiale entre les États-Unis, la Chine et l’Europe s’intensifie. Dans un entretien accordé à The Transatlantic Ledger, Sepp Müller, vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag, explique quelles réformes sont désormais nécessaires, comment l’énergie peut redevenir abordable, et pourquoi l’avenir de l’Allemagne de l’Est contribuera à déterminer la cohésion sociale dans l’ensemble du pays.
L’Allemagne se trouve dans une phase de réorientation économique et politique fondamentale. Après plusieurs années de croissance économique atone, de hausse des prix de l’énergie, de charges bureaucratiques persistantes et de profondes mutations géopolitiques, le nouveau gouvernement fédéral doit relever le défi de remettre le pays sur une trajectoire de croissance durable. Dans le même temps, le cadre international évolue rapidement : la concurrence mondiale entre les États-Unis, la Chine et l’Europe s’intensifie, des innovations technologiques telles que l’intelligence artificielle transforment des industries entières, et les exigences en matière de sécurité, d’approvisionnement énergétique et de résilience économique ne cessent de croître.
De nombreuses entreprises font état d’une charge croissante liée à la hausse des prix de l’énergie, à la lenteur des procédures d’autorisation, à la complexité des obligations de documentation, ainsi qu’à une pénurie persistante de main-d’œuvre qualifiée. Les entreprises de taille moyenne en particulier — l’épine dorsale de l’économie allemande — voient leur compétitivité internationale de plus en plus mise sous pression. Les décisions d’investissement sont de plus en plus souvent prises à l’étranger, tandis que d’autres pays industrialisés courtisent simultanément les entreprises et les technologies d’avenir au moyen de vastes programmes de soutien, de coûts énergétiques plus bas et de procédures administratives plus rapides.
S’y ajoutent d’énormes défis pour l’État social. Le vieillissement de la société accroît la pression sur l’assurance retraite, l’assurance maladie et l’assurance dépendance. Dans le même temps, les citoyennes et citoyens attendent de plus en plus de l’État qu’il investisse à la fois dans les infrastructures, l’éducation, la numérisation et la défense, tout en réduisant la charge financière pesant sur les entreprises et les salarié·e·s. Concilier ces exigences contradictoires compte parmi les plus grandes tâches politiques des prochaines années.
La politique énergétique demeure elle aussi au cœur du débat public. Après les turbulences de ces dernières années, la sécurité d’approvisionnement, la compétitivité et la neutralité climatique occupent désormais une place égale au premier plan. Alors que le développement des énergies renouvelables se poursuit, un débat intense porte en parallèle sur le rôle que pourraient jouer les technologies de stockage, l’hydrogène, la biomasse, les centrales à gaz modernes ou, à plus long terme, de nouvelles technologies telles que la fusion nucléaire. Les entreprises réclament avant tout une sécurité de planification et des prix de l’électricité durablement compétitifs, afin de rendre les investissements en Allemagne à nouveau plus attractifs.
Parallèlement, l’ordre économique international évolue. Les États-Unis investissent, à travers des programmes de soutien de plusieurs milliards, dans des secteurs d’avenir tels que les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, l’énergie et les hautes technologies. La Chine poursuit depuis des années une stratégie de politique industrielle à long terme et renforce résolument son indépendance technologique. L’Europe se trouve ainsi confrontée à la question de savoir comment concilier compétitivité, innovation et ouverture des marchés, sans s’engager dans une course internationale permanente aux subventions. Dans le même temps, la coopération transatlantique retrouve de l’importance — non seulement en matière de politique de sécurité et de défense, mais aussi dans les domaines de la recherche, de la numérisation, des matières premières, des chaînes d’approvisionnement et des normes technologiques.
Le développement de l’Allemagne de l’Est demeure un autre sujet central. Plus de trois décennies après la réunification allemande, si de nombreuses disparités économiques ont pu être réduites, des défis structurels subsistent néanmoins. Les questions liées aux investissements, aux infrastructures, à l’implantation d’entreprises, à la constitution de patrimoine et à la cohésion sociale façonnent, dans de nombreux endroits, le débat politique local. Dans le même temps, les résultats électoraux de ces dernières années montrent que de nombreuses citoyennes et de nombreux citoyens ne se sentent pas suffisamment représentés par la politique. Le renforcement des institutions démocratiques et la reconquête de la confiance figurent donc parmi les tâches les plus importantes de tous les partis démocratiques.
C’est dans ce contexte que The Transatlantic Ledger s’est entretenu avec Sepp Müller, vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU et président du groupe régional CDU de Saxe-Anhalt au Bundestag allemand. Au sein de l’Union, Müller compte parmi les voix les plus en vue en matière de politique économique, énergétique et structurelle. En tant que représentant d’un Land d’Allemagne de l’Est, il conjugue les questions de réforme de politique économique avec les défis particuliers des régions est-allemandes, tout en apportant une perspective claire sur la compétitivité internationale de l’Allemagne.

Monsieur Müller, l’économie allemande reste soumise à une pression concurrentielle considérable. Selon vous, quelles sont les trois réformes qui doivent désormais avoir la priorité absolue?
Sepp Müller: Trois leviers ont désormais la priorité absolue : premièrement, nous devons stabiliser les cotisations de sécurité sociale afin que le travail reste abordable pour les salarié·e·s comme pour les entreprises. Deuxièmement, les coûts de l’énergie doivent baisser durablement. Troisièmement, nous avons besoin d’une réduction résolue de la bureaucratie — non pas à petits pas, mais avec l’ambition de supprimer les obligations de reporting et de réduire sensiblement la charge liée au respect des obligations. C’est précisément à cette aune que le renouveau de politique économique doit être mesuré.
Des prix de l’énergie élevés, la bureaucratie, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et une charge fiscale comparativement élevée pèsent lourdement sur de nombreuses entreprises. Par où le gouvernement fédéral doit-il commencer?
Nous devons nous attaquer à ces charges simultanément, car elles se renforcent mutuellement. Une baisse des coûts de l’énergie et un allègement de la bureaucratie produisent des effets particulièrement rapides. Parallèlement, les entreprises ont besoin de conditions fiscales fiables, d’autorisations plus rapides et d’incitations accrues à l’embauche. Ce qui compte, c’est que les allègements ne soient pas seulement annoncés, mais qu’ils se traduisent réellement dans le quotidien des entreprises.
Le CDU a promis un renouveau de politique économique. À la fin de cette législature, à quoi les entreprises et les salarié·e·s devraient-ils pouvoir reconnaître que ce renouveau a réussi?
À la fin de la législature, les entreprises et les salarié·e·s doivent ressentir que les investissements sont redevenus plus attractifs, que les autorisations sont délivrées plus rapidement et que le travail est davantage récompensé. Notre objectif est de sortir l’Allemagne de sa faiblesse de croissance et de la remettre sur une trajectoire de croissance stable.
De nombreuses entreprises de taille moyenne déplorent l’apparition constante de nouvelles obligations de documentation et de reporting. Quelles dispositions concrètes devraient être supprimées ou fondamentalement simplifiées?
Nous devons examiner systématiquement les obligations de reporting et les supprimer partout où elles ne créent aucune valeur ajoutée manifeste. Cela vaut en particulier pour les données collectées en double ou à plusieurs reprises, les obligations de justification et de conservation trop détaillées, ainsi que pour les exigences nationales supplémentaires allant au-delà des normes européennes. Notre objectif est de supprimer largement les obligations de reporting nationales et de réduire sensiblement la charge bureaucratique liée au respect des obligations.
L’Allemagne souhaite préserver sa base industrielle tout en devenant neutre sur le plan climatique. Comment cette transformation peut-elle être organisée sans délocaliser la production et les emplois à l’étranger?
La neutralité climatique et la création de valeur industrielle ne doivent pas être opposées l’une à l’autre. Pour cela, nous avons besoin d’un système européen d’échange de quotas d’émission fiable, de prix de l’énergie compétitifs et d’une protection efficace contre les fuites de carbone. Parallèlement, nous devrions davantage prendre en compte la création de valeur européenne pour les produits stratégiques et respectueux du climat. L’essentiel réside dans le triptyque formé par l’accessibilité financière, la sécurité d’approvisionnement et la neutralité climatique — ce n’est qu’à cette condition que la transformation restera économiquement viable.
Quelles mesures de politique énergétique sont nécessaires pour que l’électricité et le chauffage restent durablement abordables, tant pour les ménages privés que pour les entreprises?
Nous devons élargir l’offre d’énergie, développer plus rapidement les réseaux et les capacités de stockage, et exploiter tout le potentiel disponible respectueux du climat. Parallèlement, les composantes du prix influencées par l’État doivent diminuer. Cela inclut des tarifs de réseau plus bas, la suppression de prélèvements inutiles et une taxe sur l’électricité alignée sur le niveau minimal européen. Mais une énergie durablement abordable résulte avant tout d’une concurrence accrue, d’une production plus importante et de conditions-cadres fiables.
Vous plaidez en faveur d’une plus grande ouverture technologique dans le secteur du bâtiment. Quel rôle les pompes à chaleur, le chauffage urbain, la biomasse, l’hydrogène ainsi que les chauffages au fioul et au gaz modernes devraient-ils jouer à l’avenir?
Avec la loi sur la modernisation des bâtiments (Gebäudemodernisierungsgesetz), nous créons les conditions permettant aux propriétaires de décider eux-mêmes de la solution la mieux adaptée à leur bâtiment et à leur budget. Les pompes à chaleur joueront un rôle central en raison de leur haute efficacité. Mais à côté d’elles, le chauffage urbain, la biomasse, les gaz respectueux du climat, les solutions hybrides ainsi que les chauffages au fioul ou au gaz modernes doivent également rester possibles, à condition d’être progressivement alimentés par des sources d’énergie renouvelables ou neutres pour le climat. L’ouverture technologique ne signifie pas l’absence de règles, mais une mise en concurrence en vue de la solution la meilleure et la plus abordable.
Certains critiques craignent qu’un assouplissement des exigences applicables aux nouveaux systèmes de chauffage ne compromette les objectifs climatiques allemands. Comment répondez-vous à cette critique?
Je ne partage pas cette critique. La protection du climat ne devient pas plus efficace parce que l’État impose une technologie de chauffage unique, mais parce que des solutions respectueuses du climat sont abordables et pratiques pour les gens. La loi sur la modernisation des bâtiments allie donc liberté de choix et instruments clairs de protection du climat : la part des combustibles renouvelables et neutres pour le climat augmente progressivement, tandis que le quota de gaz vert crée des incitations supplémentaires. La hausse des ventes de pompes à chaleur, de plus de 50 % rien que l’année dernière, montre par ailleurs que l’acceptation et l’ouverture technologique peuvent accélérer la transition. Notre ambition est non seulement de respecter les objectifs climatiques, mais de les atteindre de manière fiable grâce à une trajectoire technologique plus large.
L’Allemagne devrait-elle réexaminer fondamentalement sa position à l’égard de l’énergie nucléaire, compte tenu des prix élevés de l’énergie, de la demande croissante en électricité et du développement de l’intelligence artificielle?
Nous devrions évaluer avec lucidité les décisions de politique énergétique du passé. L’arrêt des trois dernières centrales nucléaires en pleine crise énergétique fut, à mon sens, une erreur. Une remise en service à court terme des installations arrêtées ne constitue toutefois pas, aujourd’hui, une réponse réaliste, tant sur le plan technique qu’économique, aux prix élevés de l’électricité. C’est pourquoi nous tournons notre regard vers l’avenir : dans le cadre de l’Agenda des hautes technologies, nous investissons massivement dans la fusion nucléaire et souhaitons réunir les conditions permettant à la première centrale de fusion au monde de voir le jour en Allemagne. Parallèlement, nous avons besoin, à court terme, de davantage de capacités garanties, de réseaux et de capacités de stockage plus rapides à déployer, ainsi que d’un développement résolu des énergies renouvelables.
De quelles conditions-cadres l’Allemagne a-t-elle besoin pour redevenir un site attractif pour les industries à forte intensité énergétique, les centres de données et les technologies d’avenir?
L’énergie en Allemagne doit globalement devenir moins chère et plus fiable. Cela nécessite davantage de production, des autorisations plus rapides, des réseaux performants et des prix de l’électricité compétitifs. Les énergies renouvelables y apportent une contribution décisive, mais doivent être complétées par des capacités de stockage, des centrales flexibles et des capacités garanties. Nous devrions en outre exploiter davantage les potentiels nationaux tels que le biométhane. Les centres de données et les industries d’avenir ont par ailleurs besoin de raccordements au réseau planifiables, de procédures rapides et d’une infrastructure numérique performante.
Vous appelez de vos vœux un vaste agenda de réformes pour l’Allemagne. Quels changements sont nécessaires en matière de retraite, de Bürgergeld, de dépendance et d’assurance maladie pour maintenir la viabilité financière de l’État social à long terme?
Le changement démographique confronte nos systèmes de sécurité sociale à d’immenses défis. L’essentiel est que la hausse des cotisations ne renchérisse pas sans cesse le coût du travail. En matière de retraite, nous avons donc besoin, au-delà d’une garantie fiable, de davantage de prévoyance par capitalisation, d’une retraite complémentaire d’entreprise renforcée et d’incitations à la poursuite volontaire de l’activité — par exemple via l’Aktivrente [retraite active]. Concernant le Bürgergeld, il doit à nouveau être clairement établi que quiconque est en capacité de travailler doit, grâce à l’accompagnement, à la qualification et à une participation contraignante, retrouver un emploi le plus rapidement possible ; cela suppose un nouveau dispositif de garantie de ressources, plus ciblé. Dans l’assurance maladie et l’assurance dépendance, des réformes structurelles sont nécessaires afin de renforcer la prévention, d’organiser les prestations de manière plus ciblée et de rétablir un rapport viable entre recettes et dépenses. Solidarité et responsabilité individuelle vont ici de pair.

Où voyez-vous des possibilités concrètes d’économies dans le budget fédéral, sans compromettre les investissements dans les infrastructures, l’éducation, la numérisation et la défense?
Nous devons d’abord agir sur les structures de l’État. Cela implique une réduction des effectifs et des coûts de fonctionnement dans les ministères et les administrations subordonnées, un examen rigoureux des missions ainsi qu’une révision des programmes de soutien et des subventions. Toute dépense décidée un jour n’est pas nécessairement pertinente durablement. Dans le même temps, les investissements dans les infrastructures, l’éducation, la numérisation et la sécurité doivent être préservés. Faire des économies signifie donc avant tout : fixer des priorités et accomplir les missions de l’État de manière plus efficiente.
Comment le frein à l’endettement peut-il être respecté alors que des investissements considérables sont, dans le même temps, nécessaires dans la Bundeswehr, le réseau énergétique, les infrastructures ferroviaires et le numérique?
Le frein à l’endettement et les investissements d’avenir nécessaires ne sont pas contradictoires, à condition que l’État fixe des priorités claires et mobilise des investissements privés. Nous devons limiter les dépenses de consommation, supprimer les programmes inefficaces et accélérer les procédures de planification et d’autorisation, afin que les fonds disponibles produisent plus rapidement leurs effets. La croissance économique demeure par ailleurs indispensable : seule une base économique plus solide génère durablement des recettes plus élevées et, partant, des marges de manœuvre pour la sécurité, les infrastructures et la cohésion sociale — sans reporter unilatéralement les charges sur les générations futures.
Quels allègements fiscaux sont réalistes pour les entreprises et les classes moyennes actives, et comment ces mesures doivent-elles être financées en contrepartie?
Pour les entreprises, il est notamment prévu de meilleures conditions d’amortissement ainsi qu’une baisse progressive de l’impôt sur les sociétés à partir de 2028. Pour les classes moyennes actives, nous avons besoin d’une réforme de l’impôt sur le revenu qui relève l’abattement de base et l’abattement pour enfants, atténue la progression à froid et repousse le seuil de déclenchement du taux marginal supérieur. De tels allègements doivent être financés en contrepartie par la croissance, un examen rigoureux des dépenses et la suppression des subventions inefficaces. Des allègements fiscaux sont justifiés lorsqu’ils sont finançables de manière durable — et non lorsqu’ils créent de nouveaux déficits structurels.
En tant que président du groupe régional de Saxe-Anhalt, vous défendez tout particulièrement les intérêts de l’Allemagne de l’Est. Plus de trois décennies après la réunification, où subsistent encore des désavantages structurels?
Des différences structurelles subsistent, en particulier au niveau des salaires, du patrimoine et des sièges sociaux d’entreprises. En raison de la division allemande, de nombreuses familles d’Allemagne de l’Est n’ont pu constituer et transmettre qu’un patrimoine nettement moindre. À cela s’ajoutent des déficits en matière de connexions de transport, d’infrastructures numériques et de liaisons transfrontalières — non seulement au sein même de l’Allemagne de l’Est, mais aussi vers la Pologne et la République tchèque. Ces écarts se réduisent, mais ils ne sont pas encore surmontés.
Que faut-il faire pour que davantage d’entreprises internationales et d’industries innovantes s’implantent durablement en Saxe-Anhalt et dans d’autres Länder d’Allemagne de l’Est?
Grâce à la disponibilité de terrains, au fort développement des énergies renouvelables et à une main-d’œuvre qualifiée bien formée, l’Allemagne de l’Est constitue déjà aujourd’hui un site attractif. Pour que cela se traduise par davantage d’implantations durables, nous avons besoin d’autorisations plus rapides, de meilleurs réseaux de transport et numériques, de prix de l’énergie fiables et d’un paysage de la recherche renforcé. Il est également important que les implantations créent des chaînes de valeur régionales et soient reliées au Mittelstand local, aux universités et aux écoles professionnelles.
Dans de nombreuses régions d’Allemagne de l’Est, l’AfD recueille des taux d’adhésion élevés. Quelles erreurs politiques ont contribué à cette évolution, et comment la CDU entend-elle reconquérir la confiance perdue?
L’Est constitue un espace d’expérience façonné sur le plan politique et culturel, qui continue d’influencer la réalité vécue de nombreuses personnes aujourd’hui encore. L’AfD n’est toutefois pas un phénomène exclusivement est-allemand ; certaines évolutions y sont simplement devenues visibles plus tôt et de manière plus marquée. Ce parti parvient à cristalliser les craintes et les frustrations issues de la crise des réfugiés, de la pandémie de Covid-19 et de l’incertitude économique. Le CDU ne reconquiert pas la confiance en reprenant à son compte un langage populiste, mais en nommant clairement les problèmes, en expliquant les décisions et en obtenant des améliorations concrètes. En tant que parti attrape-tout (Volkspartei), nous devons rester accessibles sur le terrain et démontrer que la politique démocratique est capable d’agir.
Les États-Unis sont l’un des partenaires économiques et sécuritaires les plus importants de l’Allemagne. Comment les relations transatlantiques peuvent-elles être stabilisées malgré les différends portant sur les droits de douane, les subventions, les dépenses de défense et la politique industrielle?
Les États-Unis demeurent, pour l’Allemagne, le partenaire transatlantique le plus important en matière de valeurs, d’économie et de sécurité. C’est précisément lorsque les intérêts divergent que nous devons maintenir le dialogue et résoudre les différends sur une base fondée sur des règles. L’Europe doit, dans le même temps, faire preuve d’une plus grande assurance, assumer davantage de responsabilité pour sa propre sécurité et défendre ses intérêts économiques de manière unie. Un partenariat solide sait supporter les divergences, tant que les deux parties gardent à l’esprit la fiabilité, une concurrence loyale et des intérêts stratégiques communs.
Les États-Unis et la Chine soutiennent des industries stratégiques au moyen de fonds publics considérables. L’Europe doit-elle agir avec une détermination comparable en matière de politique industrielle, ou risque-t-on ainsi de déclencher une course internationale aux subventions?
Une course internationale aux subventions ne peut, à terme, profiter à personne. Les subventions faussent les marchés, immobilisent des ressources budgétaires et créent souvent de nouvelles dépendances. La réponse de l’Europe devrait donc résider avant tout dans de meilleures conditions d’implantation : des prix de l’énergie plus bas, des procédures plus rapides, un marché intérieur approfondi et moins de réglementation. Pour les technologies stratégiques et les infrastructures critiques, un soutien ciblé et limité dans le temps peut s’avérer nécessaire. Il doit cependant être lié à des objectifs clairs et mobiliser des investissements privés, plutôt que de maintenir durablement des structures non rentables.
De quel agenda économique transatlantique commun l’Allemagne, l’Europe et les États-Unis ont-ils besoin pour rester compétitifs à l’échelle internationale dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, des matières premières et des chaînes d’approvisionnement résilientes?
Nous avons besoin d’un agenda commun en faveur de marchés fondés sur des règles, d’un commerce ouvert et loyal, ainsi que de la protection de la propriété intellectuelle. Dans les domaines de l’intelligence artificielle, des semi-conducteurs, de l’énergie et des matières premières critiques, l’Europe et les États-Unis devraient mieux coordonner leurs efforts en matière de recherche, de normes et d’investissements. Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement doivent être diversifiées et les dépendances unilatérales réduites. L’espace transatlantique ne pourra rester compétitif à l’échelle internationale que s’il favorise l’innovation, réduit les obstacles bureaucratiques et conjugue des intérêts sécuritaires communs avec une ouverture économique.
L’entretien s’appuie sur un questionnaire auquel Sepp Müller a répondu.