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Quelques jours avant les élections régionales en Saxe-Anhalt, prévues le 6 septembre 2026, plusieurs médias allemands font état d’une situation sécuritaire tendue. Il est question de possibles débordements, de manifestations issues aussi bien de la gauche que de la droite de l’échiquier politique, et même de possibles « combats de rue » après l’annonce du résultat des élections.
Pourtant, interrogé par The Transatlantic Ledger, il reste difficile de déterminer sur quels éléments concrets une partie de cette couverture médiatique repose réellement.
Le ministère de l’Intérieur et des Sports du Land de Saxe-Anhalt a certes répondu par écrit à une demande de presse détaillée de notre rédaction. Toutefois, il n’a pas répondu aux questions centrales portant sur des éléments concrets concernant d’éventuels actes de violence provenant de la gauche ou de la droite. À cela s’ajoute qu’au cours d’un entretien téléphonique avec notre rédaction le 28 août, la porte-parole du ministère, Mme Blei, a déclaré que le ministère n’avait publié aucun communiqué de presse indiquant que des groupes de gauche ou de droite descendraient dans la rue le soir des élections, ni que des affrontements violents étaient à prévoir.
Se pose donc la question suivante : sur quelle base reposent les descriptions nettement plus précises figurant dans une partie des médias allemands ?
La couverture de BILD va particulièrement loin. Sous le titre « Thriller électoral en Saxe-Anhalt : voici les scénarios de violence auxquels la police se prépare », le journal affirme que la Saxe-Anhalt se dirige vers un « dimanche électoral chargé de tensions ». Sont évoqués une possible participation de l’AfD au gouvernement, des combats de rue redoutés entre camps politiques, ainsi que des accusations d’une « élection volée ».
BILD écrit explicitement que la police s’attend à plusieurs scénarios de violence concrets, auxquels elle se prépare.
Dans un autre article de BILD daté du 25 août, sous le titre « La police se prépare aux émeutes venant de la gauche comme de la droite », il est indiqué que, selon l’issue du scrutin, des débordements de groupes de gauche ou d’extrémistes de gauche sont attendus. Pour un autre scénario électoral, l’article décrit de possibles manifestations issues de la mouvance de droite.
Il est toutefois notable que BILD ne soit pas le seul média à décrire de tels scénarios.
Un article de MDR Sachsen-Anhalt, également publié sur tagesschau.de, fait état, le 20 août, en se référant aux autorités de sécurité, d’une situation tendue. Il y est indiqué que les autorités ont également à l’œil la période suivant la fermeture des bureaux de vote. Si aucun rassemblement n’avait encore été déclaré à ce moment-là pour la période post-électorale, le ministère de l’Intérieur s’attend néanmoins à des manifestations spontanées.
Deux scénarios sont ensuite décrits : si l’AfD obtenait la possibilité de former un gouvernement, des groupes d’extrême gauche venus de l’ensemble du pays pourraient, selon l’article, se déplacer pour participer à des actions de protestation. Si, à l’inverse, l’AfD n’obtient pas cette option gouvernementale, les autorités s’attendent à d’éventuelles accusations de manipulation électorale ainsi qu’à des troubles issus de la mouvance de droite.
Ce reportage en particulier est pertinent pour la question de l’origine des informations : les scénarios décrits y sont expressément attribués aux autorités de sécurité, respectivement au ministère de l’Intérieur.
WELT a également traité le sujet le 27 août sous le titre « Crainte de combats de rue le soir des élections », rapportant que la police se prépare, dans la perspective des élections régionales, à de possibles escalades dans les rues.
Newstime rapporte également désormais des préparatifs en vue de manifestations, de débordements et d’une possible violence venant de la gauche comme de la droite.
The Transatlantic Ledger a donc souhaité savoir précisément, auprès du ministère de l’Intérieur, ce qui relève d’un élément avéré et ce qui relève simplement d’une planification opérationnelle préventive. Au total, notre rédaction a posé 13 questions.
Nous souhaitions notamment savoir :
La phrase déterminante de notre demande était la suivante :
« Pour notre couverture journalistique, il serait particulièrement important de distinguer les scénarios qui sont envisagés à titre purement préventif de ceux pour lesquels les autorités de sécurité disposent déjà d’éléments concrets. » Or, c’est précisément cette distinction que le ministère n’a pas établie dans sa réponse écrite.
Le ministère a communiqué, à la place, ce qui suit : « Pour le week-end électoral du 4 au 6 septembre 2026, 22 actions relevant du droit de réunion sont actuellement déclarées en Saxe-Anhalt, avec une participation totale prévue de plus de dix mille personnes (état au 27.08.2026). »
Il est en outre précisé que la police régionale avait déjà entamé, dès la fin de l’année dernière, une préparation approfondie en vue des élections régionales. Depuis avril 2026, l’Office régional de police criminelle établit mensuellement un état de la situation relatif aux élections à l’échelle du Land. Depuis le 22 juillet, cet état de la situation est actualisé chaque semaine, et depuis le 26 août, même quotidiennement.
Le ministère mentionne également, comme objectifs de la police, la protection de la liberté de réunion, la protection des événements électoraux et des bénévoles chargés du scrutin, le libre exercice du droit de vote, ainsi qu’un déroulement électoral sûr et sans perturbation. Selon le ministère, toutes les forces disponibles de la police régionale de Saxe-Anhalt seront déployées durant le week-end électoral. Des renforts en provenance d’autres Länder ont en outre été sollicités.
La réponse contient donc des informations importantes sur la préparation organisationnelle de la police. Elle ne répond toutefois pas à plusieurs questions centrales posées par notre rédaction. Le ministère n’a notamment pas indiqué si des éléments concrets existent actuellement concernant des actions violentes planifiées par des extrémistes de gauche ou de droite. Il n’a pas répondu à la question de savoir s’il existe réellement des indices concernant l’arrivée de groupes prêts à recourir à la violence en provenance d’autres Länder.
Il n’a pas répondu à la question de savoir si la description de possibles « combats de rue » correspond à l’évaluation officielle de la situation. Il n’a pas répondu à la question de savoir si des lieux précis sont considérés comme des points d’intervention particuliers. Et il n’a pas non plus répondu aux questions concernant des campagnes de désinformation concrètes ou d’éventuelles affirmations organisées relatives à une « élection volée ». Or, MDR/Tagesschau rapporte explicitement que les autorités de sécurité surveillent les réseaux sociaux et que de la désinformation relative aux élections y circule déjà.
Interrogée par téléphone par notre rédaction, la porte-parole du ministère, Mme Blei, a également déclaré le 28 août que le ministère n’avait publié aucun communiqué de presse indiquant que des personnes de gauche ou de droite descendraient dans la rue le soir des élections, ni que des affrontements violents correspondants pourraient être imminents.
Cela ne signifie pas automatiquement que les informations relayées par les médias sont fausses. Les journalistes peuvent, par exemple, avoir reçu des informations lors d’entretiens informels, de conférences de presse ou de demandes directes.
Il en résulte toutefois un écart qui mérite d’être clarifié : d’un côté, les reportages médiatiques décrivent des scénarios relativement précis, en se référant à la police, aux autorités de sécurité ou au ministère de l’Intérieur. De l’autre, le ministère, dans sa réponse écrite à notre rédaction, ne confirme que la planification générale des opérations et de la situation, sans répondre aux questions portant sur des éléments concrets relatifs à d’éventuels scénarios de violence.
C’est précisément là que se situe la question journalistique déterminante. Si les autorités de sécurité disposent réellement d’éléments concrets indiquant que des groupes d’extrême gauche pourraient arriver d’autres Länder, ou que des actions issues de la mouvance de droite sont attendues selon un certain résultat électoral, il conviendrait de clarifier pourquoi ces informations n’ont pas été confirmées ni contextualisées auprès de notre rédaction, malgré une demande explicite.
S’il s’agit en revanche uniquement de scénarios hypothétiques relevant de la planification opérationnelle de la police, il conviendrait de distinguer tout aussi clairement entre une préparation préventive et une véritable évaluation du danger. La formulation selon laquelle la police « s’attend » à certains débordements donne, en définitive, une impression différente de l’affirmation selon laquelle les autorités de sécurité intègrent d’éventuels scénarios dans leur planification opérationnelle à titre préventif.
Une chose est certaine : la police de Saxe-Anhalt se prépare au week-end électoral avec des moyens humains et organisationnels considérables. Plus de 10 000 participants sont attendus pour 22 actions relevant du droit de réunion déjà déclarées. Toutes les forces disponibles de la police régionale doivent être déployées, avec en complément un soutien venu d’autres Länder.
En revanche, la réponse du ministère de l’Intérieur ne permet pas de savoir si des éléments concrets, qu’ils soient d’ordre policier ou relevant du renseignement, existent quant à des actes de violence imminents venant de la gauche ou de la droite.
C’est précisément cette question qui est déterminante, au vu de certains titres parfois très alarmistes. Tant que le ministère ne dévoile pas, ni ne confirme, sur quels éléments concrets reposent les scénarios décrits, il convient, d’un point de vue journalistique, de distinguer soigneusement entre scénarios opérationnels possibles, hypothèses générales de risque et éléments concrets relatifs à des infractions ou des débordements imminents.